Chroniques d'un chat de gouttière

No limite do tempo / A la limite du temps  (Chroniques d'un chat de gouttière) escrito em sábado 13 março 2010 15:52

Je me trouve dans un village familier. Enfin, une petite ville avec son clocher et son jardin, sa gare, son école. Un village familier parce que je le connais depuis un temps immémorial, ce village, son jardin, son clocher.

J’y viens depuis plus de trente ans pour des raisons que l’âge et le temps déterminent. Pour cette fille au regard sauvage quand j’avais vingt ans ou pour cette autre au rire cristallin. Où sont-elles aujourd’hui ? Plus tard, pour une réunion politique. Pour une fête aussi, celle de Corpus Christi.

J’y viens depuis trente ans pour des raisons que le temps détermine. Pour ces copains que je revoyais chaque semaine ou simplement pour les promenades. Aujourd’hui pour ces élèves de français que je retrouve toutes les semaines .

Je suis assis, ataviquement, à la même table où je rêvais entre deux souvenirs, berçant ma mémoire dans la lumière blanche des néons.

Et je constate que le temps ne passe pas vraiment si on n’y prête pas attention. Aujourd’hui les signes du passage sont indétectables, cachés dans des détails ou dans les arbres que je vois devant moi. Ils sont là comme des rêves déçus, endormis au fond de mon ennui.

Curieusement ce sont les mêmes personnes qui traversent la nuit, les mêmes qui se saoulent dans la nuit de néons, les mêmes visages, ou leurs frères jumeaux, qui habitaient les nuits de mes vingt ans.

Je me trouve dans un village sans âge, suspendu à l’endroit précis où l’espace temps n’existe pas. Il me semble que les gens sont les mêmes et les objets et les couleurs. Tout, pourtant y est sans odeurs.

Cela doit être une perturbation de mes sens...

 

Tristan Dierckx

 

 

 

 

 

Encontro-me numa aldeia familiar. Enfim, uma pequena cidade com sua torre de igreja e seu jardim, sua estação, sua escola. Uma aldeia familiar porque a conheço desde um tempo imemorial, esta aldeia, seu jardim e a torre da sua igreja.

Venho há mais de trinta anos por razões que a idade e o tempo determinam. Por aquela garota de olhar selvagem quando eu tinha vinte anos ou por aquela outra, de riso cristalino. Onde estão elas hoje? Mais tarde para reuniões políticas. Para uma festa também, a de Corpus Christi.

Venho há mais de trinta anos por razões que o tempo determina. Pelos amigos que revia todas as semanas ou simplesmente pelos passeios. Hoje, pelos alunos de francês que encontro todas as quintas-feiras.

Estou sentado, atavicamente, à mesma mesa onde sonhava entre duas lembranças, acalentando minha memória à luz branca dos néons.

E constato que o tempo não passa realmente se não prestarmos atenção. Hoje os sinais da passagem são indetectáveis, escondidos nos detalhes e nas árvores que vejo à minha frente. Estão lá como sonhos decepcionados, adormecidos no fundo do meu tédio.

Curiosamente são as mesmas pessoas que atravessam a noite, as mesmas que se embebedam na noite de néons, os mesmos rostos, ou seus irmãos gêmeos, que habitavam as noites dos meus vinte anos.

Encontro-me numa aldeia sem idade, suspenso no lugar exato onde o espaço-tempo não existe. Parece-me que as pessoas são as mesmas... e os objetos e as cores. Tudo, no entanto, está sem cheiro.

Deve ser uma perturbação dos sentidos...

 

Tristan Dierckx

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Enfance  (Chroniques d'un chat de gouttière) escrito em domingo 24 janeiro 2010 14:41

En portant mon regard sur la ville, c’est sur ma vie que je me penche. Les étendues ensoleillées de mon enfance.

Et c’est à vous aussi, mes enfants, que je pense, plongé un instant au fond d’une image.

Et c’est à vos âges, autrefois, que j’ai découvert l’étendue du monde, les chemins fabuleux qui mènent à l’aventure.

La lumière jaune s’étendait sur le livre que je lisais dans mon lit et berçait mon imagination débridée.

Autrefois, à vos âges, Il n’y avait pas de frontières.

Les pays et les peuples et les guerres, s’enchevêtraient fabuleusement, et je m’endormait tout éclaboussé de rêves et de mystères.

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Cette femme est un homme  (Chroniques d'un chat de gouttière) escrito em terça 18 agosto 2009 01:37

Cette femme est un homme!

Je la vois debout à l’arrêt d’autobus.

Je la regarde maintenant attentivement. Sa voix m’a surpris. Il y avait quelque chose qui n’allait pas. Comme un cou de girafe à un singe. Quelque chose qui surprenait, quelque chose qui jurait. Une dissociation entre image et son.

Incontestablement cet homme avait une voix de femme. Mais était-ce un homme? Et si cela était, quel corps affreux et quelle voix superbe!

Je l’observe. Ces gestes masculins sont pourtant plus masculins que les miens. En plus, simple pantalon, chemise claire. Tout ce qu’il y aurait de plus simple pour un homme. Et elle se déplace avec des gestes qui n’ont aucune ombre de féminité.

Un homme, incontestablement.

Homme ou femme, personnage bizarre qui disparaît lentement dans la brume de ce matin d’hiver.

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Voix de femmes  (Chroniques d'un chat de gouttière) escrito em terça 18 agosto 2009 00:17

Ces femmes qui rient et qui papotent dans le couloir vide me font penser aux bruits de mon enfance, aux voix qui arrivaient dans ma chambre d’enfant. Depuis lors, les femmes m’ont toujours fait penser au bruit cristallin des sources.

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